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Découvrir l'histoire de l'Empire ottoman

Rédigé par Cours du Soir | Mar 24, 2026 3:50:19 PM

Özgür Türesay est maître de conférences à l’École Pratique des Hautes Études – PSL (EPHE – PSL). Ce spécialiste de l’histoire de l’Empire ottoman proposera en septembre prochain, dans le cadre des Cours du soir de PSL, un cycle de 20 heures sur le sujet. L’occasion de comprendre comment l’histoire de l’« Empire du grand Turc » est intimement liée à celle de l’Europe. 



Pourquoi proposer un Cours du soir sur l'histoire de l'Empire ottoman et celle  de la Turquie ?

Lorsque l’on a évoqué devant moi ce projet, j’ai tout de suite pensé personnellement qu’il s’agissait d’une belle idée ! 
J’aime enseigner. Et je constate depuis 10 ans, dans les établissements d’enseignement supérieur où j’interviens, une curiosité et un intérêt croissants pour l’histoire de l’Empire ottoman et celle de la Turquie. De mon séminaire à l’École Pratique des Hautes Études - PSL à mes cours à l’Inalco, en passant par Sciences Po, j’enseigne à des publics variés et exigeants. J’espère que ce Cours du soir me donnera l’occasion de rencontrer un nouveau public et d’ouvrir ce champ d’histoire à d’autres horizons.

Comment expliquez-vous un tel intérêt ?

Il s’explique, selon moi, par des raisons à la fois historiques et géographiques.
L’« Empire du Grand Turc », comme on appelait l’Empire ottoman en France pendant des siècles, a été constitutif de l’identité européenne. Dans le processus de construction de cette identité, l’altérité ottomano-turque s’est en quelque sorte substituée à une altérité plus ancienne, celle qui opposait la chrétienté à l’islam. On trouve là l’une des origines historiques de l’intérêt porté à l’Empire ottoman, puis à la Turquie.
Mais cet intérêt tient également à la proximité géographique. Bien que construite comme une altérité identitaire par l’Europe, le monde ottoman en fut longtemps l’espace voisin le plus proche. De l’Europe orientale aux Balkans, de vastes territoires et une multitude de peuples aujourd’hui considérés comme « européens » ont été ottomans pendant des siècles. L’histoire des pays et des sociétés du pourtour méditerranéen ne peut se comprendre sans celle de l’Empire ottoman.

Comment avez-vous souhaité aborder l’histoire ottomane et turque dans votre Cours ?

Le Cours couvre plus de sept siècles d’histoire, à l’échelle de vastes territoires situés en Europe et dans son voisinage immédiat. Il s’inscrit donc dans une approche de longue durée, pour mieux saisir continuités, transformations et ruptures. Les 20 heures du cycle offrent le temps d’approfondir les thèmes abordés tout en favorisant les échanges avec le public.
Ce Cours vise à désessentialiser l’altérité ottomano-turque. Sans gommer les différences ni éluder les conflits entre mondes européen et ottoman, j’insisterai sur la pluralité confessionnelle, linguistique et culturelle de l’espace ottoman. Longtemps pensé et imaginé comme un empire exclusivement turc – l’expression « Empire du Grand Turc » en est une illustration révélatrice –, l’Empire ottoman abritait une grande diversité de peuples : Grecs, Bulgares, Serbes, Roumains, Albanais, Turcs, Arméniens, Arabes, Juifs et Kurdes, pour ne citer que les plus nombreux. Tous étaient organisés au sein d’une architecture impériale souple, profondément marquée par des institutions et des traditions politiques byzantines, islamiques, persanes et turco-mongoles.

En quoi ce Cours aide-t-il à déchiffrer le monde actuel ?

Si l’histoire nous permet souvent de mieux comprendre le monde contemporain, l’initiation à la complexité de l’histoire ottomane et de la Turquie contemporaine est particulièrement éclairante pour historiciser certains débats et conflits qui occupent aujourd’hui l’espace public en France. C’est par exemple le cas pour les relations entre l’Occident et le reste du monde, la colonisation et l’impérialisme, la question de la Palestine, le contrôle des ressources énergétiques, l’impérialisme russe, la gestion des différences culturelles, ou encore la place de la religion dans les rapports entre l’État et la société.

Connaître certains aspects de l’histoire ottomane et de la Turquie contemporaine peut ainsi permettre, à la manière des Lettres persanes de Montesquieu, de porter un autre regard sur nous-mêmes et sur notre temps. Il s’agit, en somme, de relativiser et de désessentialiser le « nous » et les « autres », afin de repenser notre société européenne dans une perspective plus historique et plus critique.